24.04.2007
Le cas Thomé Génot
Un savoir faire, une haute technicité, et une grande expérience dans la forge et l’estampage, ont permis aux ATELIERS THOME GENOT de devenir un des leaders mondiaux dans la fabrication de pôles d’alternateur pour automobile. Une équipe de 280 personnes produit annuellement près de 15 millions de pièces nécessaires aux équipementiers automobiles, et dont plus de la moitié est destinée au grand export, notamment aux Etats Unis.
Une stratégie basée sur l’aide à la conception auprès de donneurs d’ordre de réputation mondiale, ainsi qu’une diversification axée sur des produits à haute technicité ont permis aux Ateliers THOME GENOT de devenir le partenaire privilégié d’entreprises renommées dans des domaines aussi divers que la robinetterie industrielle (aciers au carbone et aciers inoxydables), le machinisme agricole, l’armement, les travaux publics, la construction ferroviaire et les transmissions mécaniques.
Et pourtant ...
Provocation policière dans les Ardennes : Thomé-Génot
Répression . En lutte pour obtenir une indemnité de 30 000 euros, les 320 salariés de Thomé-Génot ont été évacués manu militari hier matin à Nouzonville. En dépit des promesses...
Nouzonville (Ardennes),
envoyé spécial
Scènes d’occupation militaire dans une petite bourgade tranquille des Ardennes : à l’aube, hier, vers 6 h 30, plus de 300 CRS et gendarmes ont envahi Nouzonville et, dans un climat proche de celui d’un couvre-feu, plusieurs escadrons, bardés de matraques, d’armes à feu, de masques à gaz, de boucliers et de Flash-Balls, ont pris possession des ateliers Thomé-Génot. Après une nuit de veille, la petite dizaine d’ouvriers présents dans l’usine à cette heure n’ont pas pu empêcher cette évacuation. « Opération de sécurité civile », argue la préfecture. « Provocation suprême et humiliation inutile », rétorquent, unanimes, les salariés, les syndicats et les forces progressistes du département.
Double langage
à Paris
Depuis la mise en liquidation judiciaire, le 24 octobre, les 320 salariés de l’équipementier automobile, rachetés en 2004 par le fonds d’investissement américain Catalina, se mobilisent pour arracher une indemnité de départ de 30 000 euros (lire aussi L’Humanité d’hier). Après plusieurs rencontres infructueuses avec les autorités préfectorales des Ardennes, les représentants de l’intersyndicale CFDT-CGT-FO de Thomé-Génot ont décroché un rendez-vous, mercredi soir, à Paris, avec des conseillers des ministères de l’Emploi et de l’Industrie. De retour dans leur usine, mercredi vers 23 h 30, les délégués syndicaux ont tenté de calmer les troupes exaspérées par une première opération policière d’encerclement de l’usine plus tôt dans la journée. Ils n’avaient qu’un et un seul message : attendre la réunion convoquée ce vendredi par Gérard Larcher et François Loos qui, promettent-ils, doivent exposer aux parlementaires ardennais un « plan global » pour l’emploi dans le département. « On en a ras le bol, considérait ainsi dans la nuit de mercredi à jeudi Larry Seré, porte-parole de l’intersyndicale, mais on doit attendre. Le gouvernement ne répondra que vendredi sur notre revendication. D’ici là, on doit rester responsables et ne rien casser. On verra par la suite ce qu’il advient. »
De Guantanamo
à Nouzonville
En fait, ils ne le comprendront que plus tard, quand le bâton sera là, la carotte sera cuite. Deux heures après le début de l’opération, quand la presse est autorisée à pénétrer dans le périmètre de l’usine, les quelques salariés, cantonnés sous bonne garde dans l’entrée de l’usine, laissent exploser leur colère et leur dépit : « On est des prisonniers maintenant. Quand on veut aller aux toilettes, on est escortés par deux CRS comme si on était des terroristes de Guantanamo. Nous, on ne voulait pas de l’épreuve de forces, on était juste là pour garder notre entreprise et voilà comment on nous traite ! On nous avait promis une réponse vendredi sur notre revendication des 30 000 euros, mais la réponse, on l’aura eu plus tôt, dès ce jeudi matin. C’est « non, et allez vous faire foutre ! » C’est vraiment, mais vraiment dégueulasse... » De leur côté, les responsables syndicaux du département reviennent ulcérés d’un rendez-vous à la préfecture. « À Paris, on nous avait garanti qu’il n’y aurait pas d’intervention avant la fin de la semaine, mais l’État n’est même pas capable de tenir parole », dénonce Jean-Louis Joffrin de la CGT. « Ce sont les pouvoirs publics, et absolument pas les ouvriers, qui foutent la merde chez Thomé-Génot, s’étrangle Jean-Marie Berthier (CFDT). On le voit ce matin avec ce déploiement policier dans la ville absolument inouï. »
Un peu plus tard, alors que les délégués syndicaux parviennent très difficilement à franchir les barrages - il leur faut, avec le concours de l’avocat des salariés, agiter la menace de poursuites pour délit d’entrave -, un homme, sans aucun doute, de bonne volonté, propose des places gratuites, réservées aux « Thomé-Génot », pour les prochains matchs du club de foot de Sedan, mais il se fait vite rabrouer par une ouvrière : « Ça suffit, les trucs pour nous divertir et nous amuser, on n’attend qu’une et une seule chose, c’est le fric ! »
Thomas Lemahieu
Olivier Besancenot interroge Mme Alliot Marie sur le sujet :
http://www.dailymotion.com/video/xn3l0_olivier-besancenot-vs-mam
Les Compagnies Républicaines de Sécurité étaient sous l’autorité de Monsieur Nicolas Sarkozy, celui lá même qui dans ses discours électoraux récents se rélamait de Jaurès. Ca, c’était le discours politicien. Thomé- Génot, ce sont les faits.
Un CTP plus que douteux
Thomé-Génot : chantage au Contrat de transition professionnelle
Mercredi, 15 Novembre 2006
L'Etat a proposé hier une aide financière aux futurs ex salariés de l'usine Thomé-Génot… à condition qu'ils acceptent un Contrat de transition professionnelle (CTP) !!!
Le 24 octobre dernier, les 320 salariés de Thomé-Génot (équipementier fabriquant de pôles d’alternateurs pour batteries de voitures, sous-traitant des sous-traitants automobiles Valeo et Visteon) sont entrés en résistance à l'annonce de la liquidation judiciaire de leurs ateliers de Nouzonville, dans les Ardennes. On n'ignore plus leur combat depuis que 240 CRS ont chargé leur usine vendredi, alors que ces ouvriers sans défense occupaient les lieux pour réclamer 30.000 € de prime de licenciement afin de pallier la défaillance de leur repreneur, un fonds d'investissement américain… "On veut cette somme parce que nos deux managers, eux, ils se sont payé des salaires de 30.000 € par mois pendant des mois et des mois", a justifié leur délégué CFDT Pascal Crépin. "On a été lésés par les pouvoirs publics et c’est pour ça qu’ils doivent trouver le moyen de nous payer", estime leur délégué FO Éric Claus.
Au premier jour des négociations avec une représentante du gouvernement, l'inter-syndicale CFDT-CGT-FO du personnel a maintenu sa demande d'une prime "supra-légale" sans condition, après avoir toutefois revu son montant à la baisse : 25.000 € par personne.
"L'Etat et le Conseil général sont prêts à apporter une aide financière, mais cette somme n'est pas suffisante par rapport à ce qu'ils demandent", a indiqué la Préfecture qui a ajouté : "L'aide ne sera versée qu'à condition que les salariés rentrent dans le CTP".
Effectivement, Charleville-Mézières et sa région (13% de chômage) sont l'un des sept "bassins d'emplois" test pour expérimenter le Contrat de transition professionnelle de Jean-Louis Borloo, dispositif de reclassement passé en force (c'est-à-dire à la dernière minute et sans concertation dans le cadre d'un projet de loi sans rapport direct avec la mesure) par le gouvernement en début d'année. Celui-ci consiste à verser 80% du salaire brut pendant un an au bénéficiaire qui s'engage à chercher un emploi, suivre une formation ou faire preuve de mobilité, en échange d'un suivi renforcé. En dépit du rejet des partenaires sociaux et de l'UNEDIC, Jean-Louis Borloo compte progressivement substituer le CTP à la CRP (Convention de reclassement personnalisé), autre dispositif douteux déjà entré en vigueur depuis juin 2005.
Un but avéré : escamoter des statistiques les chômeurs fraîchement licenciés
L'Etat propose un "CTP avec un ticket d'entrée à 8.000 €" et "6.000 € en ticket de sortie avec un emploi", a détaillé un porte-parole de l'intersyndicale CFDT. Mais les Thomé-Génot demandent "20.000 € pour tout le monde avec ou sans CTP, et 5.000 € pour celui qui prendra le CTP".
Le bras de fer se poursuit, les salariés souhaitant l'entrée dans la négociation du Conseil régional : son président PS Jean-Paul Bachy a soutenu lundi leur demande d'une prime de 30.000 €. Entre 100 et 150 personnes se sont rassemblées mardi matin devant la Préfecture en brûlant des pneus, sans bloquer l'entrée du bâtiment.
Le Contrat de Transition Professionnelle, tout comme la Convention de reclassement personnalisé, n'offre rien de plus solide que le dispositif classique (PARE - Plan d'aide au retour à l'emploi), mais il a l'immense avantage de transformer le nouveau demandeur d'emploi en «salarié en transition» (doux euphémisme !) qui va le propulser directement en catégorie 4 - stagiaires de la formation professionnelle, non comptabilisés dans les statistiques du chômage. Ainsi, des dizaines de milliers de licenciés n'apparaissent pas dans les chiffres officiels. Ce chantage à la CTP dans le conflit Thomé-Génot est symptomatique du mépris des pouvoirs publics face à la détresse des privés d'emploi dont on bafoue la dignité, au nom des "bons résultats" du gouvernement.
Monsieur Sarkozy est, nous dit-on, un homme d’ouverture et de dialogue. Nous l’avons vu, tout au long de la campagne présidentielle, se rendre, au milieu d’un essaim de journalistes, dans les entreprises, sur le « terrain » (comme disent les hommes politiques d’aujourd’hui). Sous les flashes, il serre les mains des ouvriers, leur fait l’accolade et prend un air très grave et très sérieux en les écoutant. Il se coiffe de casques de chantiers. Il revêt des blouses blanches. Il se déguise. Et dans ses discours, il invoque Léon Blum et Jean Jaurès. Ca, c’est l’image. Véhiculée par certains médias complaisants, pour ne pas dire complices. Il y a l’image – disons-le mot : la propagande – et puis il y a les faits. Thomé Génot, c’est un fait. La cruelle réalité d’une lutte sociale perdue d’avance. Un exemple parmi tant d’autres. Une entreprise compétitive rachetée par des fonds de pension américains qui, une fois les profits engrangés, l’abandonnent à la liquidation judiciaire. Les salariés se révoltent, c’est normal, c’est humain.
Et que fait l’Etat ? Que font nos chers ministres ?Dans un premier temps, le Ministre de l’Economie et des Finances les ignore et laisse la main à son collègue de l’Intérieur, Monsieur Sarkozy, lequel envoie les CRS régler le problème. Dans un second temps, Monsieur Borloo impose son CTP. Et le tour est joué ! La campagne arrive. Monsieur Sarkozy revêt son déguisement d’ouvrier et invoque Jaurès à la télévision. Qui se souvient des salariés de Thomé-Guénot ? Et de tous les autres ? Personne. C’est déjà oublié. C’est que les journaux n’en parlent guère. Ce n’est pas très glamour, les plans sociaux et les manifestations. Les meetings politiques, les sondages, les petits phrases choc, les beaux discours prononcés la larme à l’œil et le cœur sur la main, ça c’est porteur ! Et nous voilà tous bernés, dupés, hypnotisés par le discours officiel, applaudissant à l’unissons le sauveur de la France, celui qui – il nous le promet solennelement - éradiquera le chômage et combattera les inégalités. « A l’unissons » ? Pas vraiment en fait. Il y a quelques exceptions. Les salariés de Thomé Génot, eux, ils ont compris. Ils ont compris comment ça fonctionne. Ils ont pu observer les rouages du double discours, de la duperie, du mensonge et de la répression organisés. Ceux lá, comme tous les autres victimes du néolibéralisme triomphant, ils n’applaudissent pas. Ils se battent. Ou se font battre.
... loin des micros et des caméras de télévision.
Hors-champs.
D’autres, dans d’autres domaines, comprennent aussi comment ça se passe. On pourrait citer Azouz Begag qui a pu constater de l’intérieur comment fonctionne le système politique actuel,à ses dépens. Ou les Enfants de Don Quichotte. Et tant d’autres. Ceux là, on ne les dupera plus.
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La baisse du chômage : les mécanismes d'un mensonge
| Le chômage baisse-t-il ?
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L'inquiétante rupture tranquille de Monsieur Sarkozy
La France est elle prête à voter en 2007 pour un néo-conservateur américain à passeport français ? Les partisans du candidat de l’UMP jugeront la question provocatrice et y verront, à l’approche, de l’élection présidentielle, une caricature injuste, exacerbée par l’approche de l’élection présidentielle.
Alors, convenons-en d’emblée. Nicolas Sarkozy sera, pour la gauche, un adversaire redoutable même si son palmarès électoral est bien moins riche qu’on ne l’imagine.
L’homme ne manque ni d’idées, ni de force de conviction, ni de capacité de séduction. Son énergie, son culot, son aplomb, son ambition, sa soif inextinguible de reconnaissance sociale et de pouvoir, sa résistance à l’adversité sont légendaires.
Son supposé « parler vrai » (parfois son parler crû mais lorsque Sarkozy est grossier, il dit parler comme les Français), son sens de la formule, son insolence étonnamment juvénile en font un « bon client » pour les média audiovisuels.
Avec Nicolas Sarkozy, ils capteront toujours un mot, une image, un clin d’œil, une provocation pour le sacro-saint « 20 heures ».
Orfèvre en communication méthodique et parfois impudique, l’homme a, de plus, su draper son implacable et froide quête du pouvoir dans une toge glamour (Nicolas-la-star-amie-des-stars y compris de celles dont l’exemplarité est discutable) sans laquelle il ne saurait –nous dit-on- y avoir de « saga politique » digne de ce nom.
Ce « sarko-show » est une arme de dissimulation massive, car celui qui ne cesse de prétendre vouloir « être jugé sur ses résultats » n’a pas son pareil pour masquer les piètres bilans de son action. Ceux d’un médiocre ministre de l’économie et des finances ou ceux d’un ministre de l’Intérieur survolté mais peu efficace : les violences faites aux personnes n’auront cessé d’augmenter en dépit de ses communiqués triomphants.
Mais l’échec n’atteint que rarement notre héros. Le plus souvent parce qu’il le noie dans le mouvement perpétuel : chaque fois qu’il se trouve en difficulté ou se voit obligé de se justifier de son action, le candidat de l’UMP se saisit d’un fait divers pour enfiler la combinaison qu’un Le Pen laisse parfois au vestiaire de « celui qui dit tout haut ce que les Français pensent tout bas ». Un jugement à l’emporte-pièce, une provocation suivie d’une polémique, le tout conclu par un sondage qui démontrerait que Sarkozy a les élites contre lui mais le peuple avec lui et le tour est généralement joué.
En cas de nécessité, si provocation et écran de fumée ne suffisent pas, Nicolas Sarkozy actionne le parachute de secours, celui de la défausse. Car celui qui se décrit comme un pieux catholique n’aime rien tant que battre sa coulpe sur la poitrine des autres : il n’est, par essence, jamais responsable. Ses erreurs, ses échecs ? C’est toujours la faute des autres. Non à Voltaire, rarement cité, mais à Chirac, à Raffarin, à Villepin etc, cibles sarkozyennes dont on se gardera cependant ici de prendre la défense véhémente. Ou en dernier ressort la faute aux juges. Glissements progressifs du volontarisme du Ministre de l’Intérieur. En 2002, il suffisait de lui donner les rênes de la police et de le laisser libre de mettre en œuvre une répression salutaire pour que l’insécurité soit enrayée. En 2006, le Ministre de l’Intérieur confesse son impuissance : son action remarquable est entravée par le laxisme des juges. Une seule conclusion s’impose : la vraie vie, celle de Nicolas Sarkozy bien sûr, mais aussi celle de la France, ne commencera qu’après son accession à l’Elysée. Ce document a le grand défaut de s’intéresser encore à la « France d’avant », celle où Nicolas Sarkozy peut encore être jugé sur ses actes et sur ses intentions déclarées, alors que lui ne se consacre plus qu’à la « France d’après », celle d’après le sacre selon lui annoncé.
Concurrent redoutable, donc, mais aussi respectable, citant ses sources d’inspiration, assumant jusqu’à l’automne 2006 tout à la fois son ambition et sa volonté de « rupture » avec un modèle français supposé exsangue, qu’il n’a cessé de caricaturer pour mieux le vilipender.
Le fait qu’au moment d’entrer en campagne électorale, lucide quant aux craintes que son tempérament et son improbable oxymore de « rupture tranquille » fait naître, Monsieur Sarkozy ait choisi de brouiller les pistes et de s’adresser à la « France qui souffre » ne doit pas faire illusion. L’infléchissement des discours indique seulement qu’après avoir été, avec l’appui (qui l’eût dit !) de François Fillon le fossoyeur du gaullisme social, le candidat de l’UMP s’est attaché provisoirement la plume –au demeurant talentueuse- d’un Henri Guaino que l’on avait déjà connu ardant dénonciateur de la « fracture sociale » en 1995. Le vernis ne tiendra pas. Car l’homme qui se dit pragmatique est d’abord un idéologue.
Respecter Nicolas Sarkozy, c’est se frotter à ses mots, à ses concepts, à leurs racines. L’homme n’est avare ni de discours, ni d’écrits. L’explorateur devra d’abord débroussailler l’accessoire : une littérature abondante consacrée au culte de soi, caractéristique d’un ego largement plus dilaté que la moyenne déjà élevée de ceux des hommes politiques ; il ne se laissera pas davantage abuser par ses revirements tactiques : le « pragmatisme sarkozyen » se nourrit de revirements spectaculaires comme en témoigne son reniement dans le dossier de la fusion Suez-GDF : après avoir s’être très solennellement engagé à ce que l’Etat ne privatise jamais GDF, le prétendant de la droite à l’Elysée n’aura pas attendu deux ans pour se révéler parjure !
Il nous faudra donc prendre Nicolas Sarkozy aux mots, aux idées, sans jamais nous livrer à des attaques personnelles –ce document n’en contient pas- et nous écartant des caricatures réductrices : « Sarko-facho » est un slogan à la fois stupide et contre-productif, car s’il est un danger pour une certaine conception de la République française laïque et sociale, Sarkozy n’est pas un danger pour la démocratie française en dépit d’une relation aussi « amicale » qu’intéressée et exigeante avec les propriétaires des grands médias français et d’une conception très particulière de la fonction ministérielle : Sarkozy n’a-t-il pas justifié auprès de ses proches au printemps 2004 son retour au Ministère de l’Intérieur par souci de se protéger des attaques … de sa propre famille politique en vue de sa future campagne présidentielle ?
Disons le clairement : le procès objectif que l’on peut instruire contre l’idéologue engagé en politique qu’est Nicolas Sarkozy est suffisamment lourd et digne de débats passionnés pour qu’il ne soit besoin de l’affubler –et l’affaiblir- de fantasmes ou de procès d’intention.
Ce que cet ouvrage cherche à démontrer est que non seulement, ne lui en déplaise, Nicolas Sarkozy est bien « libéral, atlantiste et communautariste » mais qu’il est devenu une sorte de filiale française de la Bush Cie, un néo-conservateur américain à passeport français.
Libéral, il l’est assurément depuis toujours et profondément. Mais contrairement à la légende qu’il entretient le candidat ne l’assume pas franchement et préfère se retrancher derrière des mythes.
Plutôt que de dire explicitement qu’il souhaite revenir sur la durée légale du travail et remettre en cause le droit du travail, Nicolas Sarkozy préférera affirmer qu’il souhaite, par exemple, que « celui qui veut travailler plus et gagner plus puisse le faire ». Ce qui, pris au pied de la lettre signifie que ce ne serait plus le chef d’entreprise mais le salarié qui fixerait son temps de travail ou que tout salarié à temps partiel serait en droit d’exiger de travailler à plein temps ! Sarkozy-le-libéral sait que la France ne l’est pas. Ou plus exactement il a tiré de l’expérience de la campagne présidentielle de Balladur en 1995 la conviction que le libéralisme pur ne pourrait jamais concerner plus d’une dizaine de pourcents d’électeurs.
Le libéralisme de Sarkozy s’est donc mué en libéralisme « populaire ». A Georges W. Bush, Nicolas Sarkozy ne s’est pas contenté d’emprunter les slogans ou la mise en scène (ah, cette intronisation du président de l’UMP avec un décor calqué sur celui de la campagne de
Bush …). Il lui a pris la méthode : « parler des problèmes des gens », à défaut d’avoir la moindre idée de la façon de les résoudre. Se servir des mots pour prétendre panser les maux. Décrire ce que l’on est incapable de guérir. Diagnostic claironné …, inefficacité à moitié pardonnée. Ainsi, en 2003, l’éphémère Ministre de l’Economie et des Finances se targue t-il de prendre en charge la « menace des délocalisations » et de répondre à l’angoisse -réelle- des Français. Un plan de « relocalisations » est annoncé en grande pompe, il n’aura aucun effet, l’emploi industriel restera le grand perdant de la législature mais peu lui chaut : Nicolas Sarkozy estime qu’il a « préempté le débat » et que les Français savent désormais qu’avec lui les délocalisations trouveront à qui parler …
A « W », le très libéral Nicolas Sarkozy aura aussi emprunté l’obsession de la fin de l’impôt progressif. L’emballage paraît toujours frappé au coin du bon sens : « éviter la fuite des capitaux » pour démanteler l’impôt de solidarité sur la fortune dont la suppression est pourtant étrangement absente du programme de l’UMP, « permettre à ceux qui travaillent d’en tirer les fruits » pour porter une réduction de l’impôt sur le revenu qui n’aura pleinement profité qu’aux 10 % des Français les plus aisés, accéder au vœu des Français de « transmettre leur patrimoine à leurs enfants à la fin d’une vie de labeur » pour mettre en œuvre la réforme de la taxation des donations et successions la plus inégalitaire jamais conçue !
Le libéralisme de Nicolas Sarkozy n’est ni la facette la plus originale -tous les libéraux du monde tiennent son discours- ni la plus inquiétante : on plaidera volontiers qu’une démocratie moderne a besoin de deux pôles, libéral-conservateur d’un côté, réformiste-progressiste de l’autre et que Nicolas Sarkozy, en dépit de ses faux-semblants partiels a le mérite de redessiner une ligne de clivage claire entre la droite et la gauche sur le plan économique et social.
Son atlantisme forcené, sa très grande complaisance pour ne pas dire sa fascination à l’égard de la politique extérieure de Georges Bush sont autrement plus graves.
N’acceptons pas l’écran de fumée que dresse « Sarkozy l’américain », formule qu’il revendique et dont il s’est dit « fier » lors de deux voyages aux Etats-Unis, en 2004 et en 2006.
Sarkozy se veut « l’ami des américains ». Pourquoi pas ? Qui se voudrait « l’ennemi des américains » ? Qui n’éprouve de la reconnaissance pour l’engagement qui fut le leur pour nous délivrer du joug nazi ? Qui refuse de lutter contre le terrorisme ? Qui n’est pas orphelin des Twin Towers ? Qui échappe à la dialectique attirance-rejet que suscite en chacun de nous un « American way of life » dont nous avons appris à connaître la grandeur autant que les servitudes ?
Mais ce qui pose problème, et qui doit faire débat en cette année 2007, c’est l’allégeance aveugle à une politique dite de lutte contre le terrorisme absurde et inefficace dont la guerre en Irak est la plus sanglante illustration.
On verra plus loin que dès 2004 les silences de Sarkozy sur l’intervention américaine en Irak autant que ses déclarations d’amour aussi naïves que déplacées envers « la musique et les films américains » avaient semé de trouble.
Mais ce n’était rien au regard de l’extravagant voyage du Ministre de l’Intérieur en septembre 2006. Le spectacle d’un candidat à la présidentielle supposé issu de la famille gaulliste quémander un rendez-vous dans un bureau attenant à celui du Président des Etats-Unis, dans l’espoir finalement exaucé, de rencontrer quelques minutes le grand homme, lui arracher une photo immortalisant l’instant et l’exhiber comme un trophée est un spectacle pénible pour tout Français nourri au lait de la « grandeur de la France » et de son « message universel ». Mais entendre un candidat majeur à la Présidence de la République critiquer aux Etats-Unis la politique étrangère -en l’espèce justifiée- et « l’arrogance » de son pays est proprement insupportable.
Tous les journalistes américains ont alors souligné la tonalité étonnamment farouchement « pro-américaine » et « pro-Bush » des propos de Monsieur Sarkozy, certains faisant remarquer non sans malice que le Ministre de l’Intérieur français s’était révélé plus ardent défenseur de la politique de Bush que beaucoup de parlementaires républicains eux-mêmes, troublés par les échecs à répétition des initiatives de leur dirigeant sur la scène extérieure, échecs qu’après une sévère défaite électorale Bush lui-même devra reconnaître fin 2006.
Dans une dépêche du 13 septembre 2006, l’AFP rapporte que selon un expert de la Brookings Institution cité par le Washington Post, « Sarkozy a eu le genre de rhétorique que l’on aurait attendu d’un responsable de l’administration Bush » !
Quant au Canard Enchaîné du 20 septembre 2006, il prête à Jacques Chirac -exceptionnellement cité ici- les propos suivants « Sarkozy a multiplié les maladresses aux Etats-Unis. Il s’est totalement aligné sur la politique américaine et sur Bush ( …) Bien loin du gaullisme et même des grandes traditions politiques et diplomatiques françaises ».
Libéral, atlantiste … et, toujours plus grave, communautariste.
C’est une évidence. Nicolas Sarkozy ne croit pas au « modèle républicain » d’intégration. De ses lacunes ou de ses échecs –malheureusement incontestables- il veut profiter pour non pas réformer ce « modèle », pour le rendre plus efficace, mais pour le démanteler. On verra plus loin, citations précises à l’appui, en dépit de ses dénégations récentes que le modèle que le patron de l’UMP a en tête est communautariste et confessionnel.
De ce point de vue le bilan du « ministre en charge des cultes » est lourd de menaces pour l’avenir : non content de mettre à mal la loi de 1905 et les fondements de la « laïcité à la française », Nicolas Sarkozy aura pactisé avec les islamistes de l’UOIF, favorisé l’ascension médiatique de Tarik Ramadan, fait preuve d’une étrange bienveillance à l’égard des sectes allant jusqu’à recevoir en grande pompe l’un des prosélytes le plus célèbre de l’église de Scientologie, l’acteur Tom Cruise.
Coupables écarts ! Erreurs isolées ? Non. Nicolas Sarkozy ne se contente pas de se livrer à un cynique marketing confessionnel à visée électorale. Comme Georges Bush, son action est théorisée : il compte sur les religions, toutes les religions y compris « fondamentalistes » et souvent « intégristes » pour réguler la vie en société, encadrer les jeunes et ramener l’ordre dans les quartiers.
On verra donc, tout au long des chapitres qui suivent où est la vraie source d’inspiration du candidat Sarkozy.
Elle n’est pas, ce serait respectable, authentiquement libérale (le libéralisme de Sarkozy empreinte à Hayek ou Friedman, pas à Tocqueville ou Aron). Elle enterre le gaullisme autant que l’héritage laïque et républicain.
La vraie Bible de Nicolas Sarkozy réside dans la pensée néo-conservatrice américaine.
Son vrai modèle ? Georges W Bush.
Plusieurs journalistes français ayant accompagné le Ministre de l’Intérieur aux Etats-Unis en septembre 2006, ont raconté l’anecdote suivante. On demande à Nicolas Sarkozy en quoi il se différencie de Georges Bush. La réponse fuse, mélange d’humour à l’américaine, de fausse modestie et de provocation : « il a été élu deux fois Président. Moi pas ».
Il s’agit certes, d’une boutade. Révélatrice, cependant. Spontanément, Nicolas Sarkozy ne voit rien qui le distingue de Georges Bush. Sauf que l’un a gagné deux fois une élection présidentielle. Et l’autre pas. Pas encore ? Nous voilà prévenus …
Eric Besson
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